Radiculopathie Cervicale : La Neurodynamique Réduit-elle l’Inflammation ? Preuve par Imagerie PET/CT

Neuroinflammation in the nerve roots decreases following neural tissue management
Auteur : Ivo J. Lutke Schipholt et al.
Vrije Universiteit Amsterdam — Musculoskeletal Science and Practice (2026)
L’inflammation du système nerveux, ou neuro-inflammation, est désormais au cœur de notre compréhension des douleurs radiculaires. Mais une question demeure : nos thérapies neurodynamiques peuvent-elles réellement influencer ces processus biologiques invisibles à l’œil nu ? Cette étude de cas révolutionnaire utilise l’imagerie PET/CT pour démontrer, pour la première fois, comment 6 semaines de mobilisation nerveuse transforment la chimie de l’inflammation chez un patient souffrant de radiculopathie cervicale.
Le Mécanisme : TSPO et Neuro-inflammation
Lorsqu’un nerf est comprimé ou irrité, les cellules immunitaires du système nerveux (microglie et astrocytes) s’activent. Cette activation se manifeste par une augmentation de l’expression d’une protéine spécifique : la TSPO (18 kDa translocator protein). En utilisant un radiotraceur spécifique, le [11C]DPA713, les chercheurs ont pu visualiser et quantifier précisément les zones où l’inflammation était la plus intense au niveau des racines nerveuses et de la moelle épinière.
Le Cas Clinique : Une Hernie C6/C7 Chronique
Le patient, un homme de 56 ans, souffrait depuis 9 mois d’une radiculopathie C7 gauche suite à une hernie discale. Ses symptômes comprenaient une douleur intense dans le bras (42/100 sur l’échelle VAS), des engourdissements et une perte de force de l’extension du coude. Déjà inscrit sur une liste d’attente pour une chirurgie (discectomie), il a choisi de suivre un programme de “Neural Tissue Management” (NTM) pendant 6 semaines avant l’intervention prévue.
Le protocole de rééducation (NTM)
Le traitement a consisté en 12 séances réparties sur 6 semaines, incluant :
- Éducation : Rassurer le patient sur la sécurité du mouvement.
- Mobilisations articulaires et nerveuses : Glissements latéraux cervicaux et techniques de “sliders/tensioners” pour le nerf médian.
- Exercices à domicile : Un programme quotidien de neurodynamique douce pour maintenir la mobilité nerveuse sans exacerber les symptômes.
Résultats : Une Transformation Biologique
Les résultats après 6 semaines sont spectaculaires. Non seulement la douleur au bras a chuté (passant de 42/100 à 6/100), mais l’imagerie a confirmé une réduction massive de la neuro-inflammation locale.
Tableau 1 : Évolution clinique et biologique (6 semaines)
| Paramètre | Initial (Baseline) | Après 6 semaines | Changement |
|---|---|---|---|
| Douleur Bras (VAS 0-100) | 42 | 6 | -85% |
| Inflammation Foramen C7 (PET Vr) | 12.96 | 6.21 | -52.1% |
| Force Extension Coude (MRC) | 4/5 | 5/5 | Normalisation |
| Score de Handicap (NDI) | 28/50 (Sévère) | 13/50 (Léger) | Amélioration marquée |
Pourquoi le mouvement réduit-il l’inflammation ?
L’étude suggère que l’étirement doux et le glissement des tissus nerveux pourraient stabiliser certaines voies inflammatoires (comme l’inhibition du NF-kB via la mécanotransduction). En restaurant l’homéostasie autour de la racine nerveuse, le mouvement réduit la sensibilité des nocicepteurs et permet une résolution de l’oedème intraneural.

💡 Take Home Message
- Efficacité objective : La neurodynamique peut réduire l’inflammation nerveuse de plus de 50%.
- Imagerie vs Clinique : L’amélioration des douleurs rapportées par le patient corrèle directement avec la baisse des marqueurs inflammatoires (PET/CT).
- Alternative chirurgicale : Un protocole de 6 semaines bien structuré peut permettre d’éviter une chirurgie cervicale, même en cas de hernie prouvée.
- Mécanotransduction : Le mouvement n’est pas seulement mécanique, il est métabolique. Il “nettoie” l’environnement chimique du nerf.
- Sécurité : Les mobilisations doivent rester sous le seuil de la douleur pour favoriser la résolution inflammatoire plutôt que de l’irriter.
- Pratique cabinet : L’approche NTM (éducation + sliders + mobilisations articulaires) est une stratégie gagnante pour les radiculopathies cervicales chroniques.
Étude publiée dans Musculoskeletal Science and Practice — Vrije Universiteit Amsterdam
Cet article est une adaptation vulgarisée du travail de Ivo J. Lutke Schipholt, publié avec son autorisation. Source originale : Vrije Universiteit Amsterdam.

